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2022-8Bis Nouvelle publication

 

 

J’ai le plaisir (mêlé un peu d’inquiétude) d’annoncer la récente publication de mon deuxième ouvrage consacré à l’histoire d’une famille juive (la mienne!) avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Le premier volume est intitulé Michel Bucsbaum, Mémoire d’un déporté, et le deuxième Le siècle de ma famille juive (tous les deux aux éditions Transmettre, à Tours. Cette maison d’édition est dirigée par Paul Lévy). Je vous donne ci-dessous l’image de la couverture ainsi que le texte de 4ème de couverture de ce livre (pour obtenir une image verticale, cliquer dessus...).

 

 

2022-8Bis Nouvelle publication

 

 

2022-8Bis Nouvelle publication

 

 

Ces ouvrages, qui devraient former un ensemble (avec un troisième, en préparation) sont deux ouvrages de mémoire conçus et rédigés en utilisant les techniques de l’histoire « scientifique ». On lira donc le résultat d’une enquête de mémoire subjective en même temps qu’ un exposé d’histoire objective. J’ai fait effort pour, sinon réconcilier du moins rendre compatibles ces deux manières d’approcher le passé. Pourquoi cela ? Parce que le passé que je cherche à reconstituer est un passé familial lui-même constitué d’événements traumatiques. Et c’est pour rendre compte le plus exactement possible de cet aspect traumatique qu’il m’a semblé indispensable d’associer le traitement mémoriel et le traitement historiographique, ce dernier pouvant viser un idéal de vérité (d’où la nécessité d’effectuer un recueil d’archives, puis de croiser des sources, de fournir des démonstrations factuelles, etc.).

 

Autre précision : pour situer la perspective de ce travail par rapport à la très abondante production livresque et filmique sur ce sujet, je dirai que je n’ai pas voulu aborder les pratiques aboutissant à la destruction du peuple Juif (et du peuple Tsigane), ce qu’on nomme l’extermination. De de ce fait, je ne décris pas les modalités des assassinats (ce que j’ai été davantage contraint de faire dans ce blog), je n’emmène pas le lecteur dans les camps, et je ne me mets personne en présence du sang et des larmes versés par les innombrables victimes (contrairement à ce que font la plupart des commentateurs). Bref, loin de prendre comme objet de mon analyse le meurtre de masse, j’ai souhaité, après l’indispensable film de Claude Lanzmann (qui a dit un jour précisément que son film avait pour objet la «  mort du peuple entier »), j’ai souhaité, disais-je, individualiser la persécution, autrement dit, rendre à quelques victimes choisies par moi leur nom, leur personnalité, leur vie originale... Je ne nie pas qu’il faille absolument et définitivement examiner la manière dont les nazis ont rabaissé une population civilisée en une masse informe anonyme assez facile à tuer, au fond. Mais cet examen de la dimension massive et génocidaire du meurtre antisémite, qui caractérise le film Shoah auquel je viens de faire allusion, doit désormais être complété, me semble-t-il, par la présentation de la vie riche et digne de ces personnes, une par une s’il se peut, avant qu’elles aient été emportées par la folie du Troisième Reich. Telle est la perspective que je souhaite ouvrir, plus spécialement peut-être, dans ce second volume.

 

Reconstituer ainsi tout ce qui se passe avant la déportation et l’assassinat, ceci correspondait en outre à mon désir de rendre hommage aux victimes c’est-à-dire d’en parler autrement que comme de victimes. Voilà la raison ultime pour laquelle j’ai tenté de mettre en lumière l’existence et l’expérience des personnes singulières dont je pouvais parler, en l’occurrence mes grands-parents et leurs enfants - ma mère et son frère, le second déporté en 1942 et la première ayant (de justesse) échappé à ce cruel destin… au prix du grave traumatisme que représentait, tout le monde le comprendra, le fait d’avoir perdu toute sa famille… J’ai donc tenté de me rapprocher autant que je pouvais de la vie et des activités, donc de la subjectivité, des joies, des peines, de la confiance, de la peur, etc., des Juifs que les nazis s’acharnèrent à éliminer.

 

On me permettra en ce point d’ajouter, que cette tentative procède sans aucun doute de mon désir d’ être enfin intégré à cette famille… Je ne fais cette confidence que parce que c’est à expliquer cela que sera consacré le troisième volume de mon histoire famille. Il s’agira de ma propre recherche de la filiation juive (je n’ose aller jusqu’à m’attribuer un sentiment d’appartenance à une communauté tant mon souci laïque est resté vif), pour décrire cette intégration que la prudence et la pudeur excessives de ma mère ne m’avaient pas permis de réaliser dans mon enfance (peut-être mon frère le put-il un peu plus ?).

 

Ceci me conduit à dire un mot sur une autre particularité, très sensible pour moi, du livre récemment publié, Le siècle de ma famille juive. C’est le fait que mon père, Pierre Jacquet-Francillon, n’était pas Juif... mais qu’il se comporta comme un « Juste », puisqu’il risqua sa vie pour sauver toutes les personnes, plusieurs dizaines au total, qui avaient besoin de son aide (sauvées par lui parce que venues se cacher chez lui, dans les sous-sol de la boulangerie dont il était propriétaire, à Paris (avec son beau-frère Robert Albrecht). Comme j’ai trouvé, dans divers dépôts d’archives, beaucoup de documents officiels donc authentiques permettant d’appréhender ces refus actifs de la loi nazie et pétainiste (notamment des documents relatifs aux différents procès de mon père pour « marché noir » jusqu’à la « révision » républicaine de 1946, qui a effacé toutes les condamnations et les très lourdes amendes en reconnaissant que les trafics condamnés avait eu pour seul et unique motif le secours accordé aux gens persécutés), j’ai pu dans mon livre reprendre et raconter la plupart ces ces péripéties, que je me suis permis très affectueusement de qualifier de « tribulations ».

 

Pour finir aujourd’hui, je voudrais signaler une conséquence technique de ma recherche. Celle-ci aboutissait à des textes de nature assez différente. Il y a des transcriptions de lettres, des synthèses de documents, des analyses de la réalité sociale et historique, des textes d’expression de mes sentiments et de mes difficultés, etc., moyennant quoi j’ai pris la décision, pour unifier le tout, d’adopter du début à la fin de ce livre un point de vue narratif. Le siècle de ma famille juive se présente ainsi, du moins je l’espère, comme un unique récit, écrit, en plus, à la première personne. L’usage de ce pronom personnel, comme solution narrative, m’était du reste non pas facile (car ce n’est jamais facile!) mais assez habituel, puisque je l’avais déjà utilisé dans le premier volume, sur Michel Bucsbaum...

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