• Séance 8

     

    CHAPITRE II

    II) L’EVOLUTION CULTURELLE ET L’EVOLUTION DE LA CULTURE SCOLAIRE au XIXe siècle (suite)

     

     3) Diffusion (communication) et vulgarisation (et divulgation) des sciences au XVIIIe siècle.

     

    La séance 7 a fait apparaître une nouvelle figure de l’activité « intellectuelle », qui surgit à l’âge classique et s’impose au siècle des Lumières. Cette figure, qui émerge et se fait apprécier au cœur de la révolution scientifique placée sous le signe de Newton (et de Locke), c’est celle du savant, l’homme de science, celui qui se consacre à l’exploration des phénomènes naturels par des méthodes empiriques permettant des recueillir des données objectives, des connaissances positives, démontrées, des mesures notamment. Ceci le différencie des professeurs, des médecins, des artistes et, dans une moindre mesure, des ingénieurs (pour une vision synthétique de l’histoire de cette nouvelle attitude mentale, je cite à nouveau le bel article de Vincenzo Ferrone, « L’homme de science », loc. cit., pp. 211-252). Pour résumer ce mouvement de culture, et l’idéal d’expérience et d’observation qui lui donne son impulsion majeure, j’emprunte une formule de René Taton qui évoque un « siècle de la curiosité » (Histoire générale des sciences, t ; II, op. cit., dans un chapitre sur les sciences au XVIIIe siècle, p. 437). Retenons la formule, qui est parfaite.

    Si l’on cherche un indice de l’attrait pour les sciences qui caractérise l’époque, on en trouvera un dans le grand succès du livre de l’Abbé Pluche (professeur à la tête d’un collège à Reims), Le spectacle de la nature Ou Entretien sur les particularités de l’histoire naturelle qui ont paru les plus propres à rendre les jeunes gens curieux et à leur former l’esprit, 9 vol.… parus en 1732. Ce succès révèle les capacités d’émerveillement des élites cultivées devant les phénomènes que l’homme de science leur fait découvrir (voir la démonstration du courant électrique dans la galerie des glaces du château de Versailles, en 1746, dont j’ai parlé dans la séance précédente).

    En fait, il faudrait exposer ici des nuances pour ne pas tout mélanger ; l’abbé Pluche par exemple se range dans le camp des anti-newtoniens, à la différence de Voltaire comme on sait, qui s’en est joyeusement moqué dans Micromégas, parce qu’il (l’abbé Pluche) prônait toujours une métaphysique admettant un principe de bienfaisance divine au dessus de la nature (une bonne analyse de cette divergence se trouve dans Norman Hampson, Le siècle des Lumières, Seuil, 1968, p. 65).

    Je viens d’employer en un sens positif le mot « curiosité » (comme l’entend le titre de l’abbé Pluche). Nous retrouverons plus loin l’usage expansif de ce terme pour ce qui a trait aux « cabinets de curiosités ». Cet usage est  d’autant plus intéressant qu’il est assez nouveau, étant donné qu’avant cela, dans la tradition chrétienne, le terme était au contraire chargé d’une valeur négative. La curiosité était dénoncée comme un désir illégitime, la présomption d’accéder à des connaissances sur un mode léger, négligent et condamnable à ce titre - l’inverse, par conséquent de ce qui aura droit de cité sous la forme de ce que j’ai appelé divulgation.

    Pour avoir une idée plus précise de l’engouement des élites cultivées pour les sciences, les expériences et les démonstrations, on peut revenir une fois de plus à Rousseau. J’ai signalé son débat avec les savants de son époque sur la meilleure manière de faire connaître la nature à son jeu élève (Emile, Livre III). J’ajoute juste sur ce point que Rousseau, comme l’ont établi ses biographes  (voir Raymond Trousson, Jean-Jacques Rousseau, t.1, La marche à la gloire, et t. 2, Le deuil éclatant du bonheur, Taillandier, 1988) avait effectué de nombreuses lectures et études, la plume à la main, dans divers domaines de sciences, quand il séjournait auprès de Mme de Warens, aux Charmettes (on visite toujours cette délicieuse maison et son jardin qui se trouvent non loin de Chambéry). Rousseau connaissait bien les Entretiens sur les sciences, du père Lamy, un oratorien (Entretiens sur les sciences, dans lesquels on apprend comment l’on doit étudier les sciences, et s’en servir pour se former l’esprit juste et le cœur droit, paru en 1683 pour la première fois, souvent réédité au XVIIIe siècle). Rousseau maîtrisait les mathématiques et la géométrie ; et nul n’ignore sa passion botanique, que montrent les herbiers qu’il confectionnait dans la dernière partie de sa vie. Il avait entendu quelques leçons des grands savants à Paris. Il s’était vivement intéressé à la chimie, il en dit un mot dans les Confessions, jusqu’à entreprendre de rédiger des Fondements de la chimie (cette indication est aussi rapportée par Cassirer dans La philosophie des Lumières, op. cit., p. 78). A une certaine époque, il avait en outre pu assister à des expériences de physique effectuées par un moine jacobin, et on connaît de lui une tentative pour fabriquer de l’encre sympathique, tentative infructueuse puisqu’elle s’acheva par l’explosion d’une bouteille qui le rendit aveugle durant quelques jours (R. Trousson, idem, p. 142 : c’est un incident survenu le 27 juin 1737 ; Rousseau est âgé de 25 ans à ce moment). On sait aussi que, chez Mme de Warens, il disposait d’une lunette astronomique.

    Ceci dit, posons nous maintenant la question de savoir comment s’accomplit ordinairement, sur le plan pratique (dont je ne veux jamais dévier), la diffusion dans les cercles restreints des savants, ou la communication dans des cercles plus larges, des savoirs scientifiques ainsi construits et accumulés. La réponse, bien connue, est exposée dans quantité d’ouvrages. Il faut envisager : les académies, instance de travail dirais-je, de production et de circulation des savoirs ; ensuite la production d’imprimés spécialisés, souvent autorisée ou encouragée par les académies ; ensuite la relation avec l’édition, les livres ; et puis aussi des phénomènes sociaux tout aussi typiques, comme les discussions mondaines dans les salons littéraires ; et enfin les pratiques de vulgarisation auxquelles j’ai plusieurs fois fait allusion et que je souhaite définir comme des pratiques non pas seulement de vulgarisation mais de divulgation – je pense avant tout  à ces « cabinets de curiosité », ces « cabinets de physique » et autres « cabinets d’histoire naturelle » qui sont des aménagements effectués soit par de spécialistes, des professeurs par exemple, soit par de riches amateurs qui consacrent une ou plusieurs pièces de leur maison à de telles installations, à la fois pour leur usage personnel et pour  le plaisir de la démonstration auprès de visiteurs éventuels… Certains de ces cabinets ont été conservés, qu’on peut toujours découvrir dans les musées.

     

    a) Les académies

    Les académies disais-je, sont en première approche des institutions à la fois d’encouragement, d’organisation du travail scientifique, et de communication des résultats des travaux effectués. En Italie, explique Vincenzo Ferrone (cité plus haut), les académies n’avaient pas pu s’imposer dans un premier temps, au XVIIe siècle, à cause de l’Eglise et des théologiens, comme l’indique la condamnation de Galilée. L’Angleterre au contraire, pour des raisons utilitaires (produire des richesses, développer le commerce, améliorer la santé des populations…), avait très tôt scellé une sorte d’accord entre science et religion,  et s’était doté d’instances ad hoc, comme les Boyle Lectures (sortes de conférences ; d’après le nom de Robert Boyle, un physicien et chimiste irlandais qui a vécu au XVIIe siècle), où la Royal society, née en 1662 et qui a ensuite joué un rôle très important auprès des savants. C’est dans le même contexte que naquit en France l’Académie Royale des sciences, en 1666, après l’Académie française donc. Un certain Thévenot avait proposé en 1665 la création d’une Compagnie des sciences et des arts qui se serait consacrée à des travaux collectifs publiés sous couvert d’anonymat. Cette académie obtint très vite en Europe une suprématie que ne put même lui disputer la prestigieuse Royal society anglaise.

    Huit académies royales ont été fondées entre 1635 et 1671, dont six sous Louis XIV – parallèlement à la construction de la monarchie absolue. A ce moment existent déjà plusieurs dizaines de sociétés d’écrivains, dont certaines vont s’intituler… « académie » ! (voir Johan Heilbron, Naissance de la sociologie, éditions Agone, 1990, chap. « Les intellectuels entre académies et salons », p. 41-68). Il y aura ensuite l’Académie des Inscriptions et belles-lettres (née en 1701 dans le but de constituer une histoire officielle – c’est donc l’affaire de ceux qu’on appelle les érudits, qui, précisément, sont une catégorie traditionnelle, différente de celle des nouveaux savants). Il faudrait citer encore d’autres académies, pour la peinture et la sculpture, pour l’architecture aussi. Pour la médecine, il y aura la Société de médecine, fondée en 1778, et qui va s’occuper des épidémies. Dirigée par Vicq d’Azir, elle abolit de fait le privilège qui avait été celui de la faculté de médecine... On peut en outre évoquer l’Observatoire, édifié en 1667, qui utilise le réseau des télescopes du collège des Quatre-Nations.

    L’académie des sciences, aux membres de laquelle le roi octroie des pensions et des privilèges, défendait quant à elle le modèle du savant au service de l’Etat (donc indépendant de l’autorité religieuse et des autorités de l’Université de Paris  - tel est le point crucial, que j’ai indiqué lors de la séance précédente), un modèle qui pourra être facilement converti en modèle démocratique. En réalité cette académie allait devenir le centre vivant de la recherche scientifique, comme on ne disait pas encore. Comme l’explique Bruno Belhoste (Paris savant, op. cit.,  p. 12) : en fondant l’Académie des sciences, le roi, qui agit finalement en mécène, octroie à l’Etat un pouvoir de contrôle qui s’exerce en même temps que (et grâce à) la fonction d’encouragement), mais, ce faisant, il émancipe les savants de la tutelle de l’Eglise et de celle de l’Université de Paris, en particulier. Ceci contribue de ce fait à la définition d’une nouvelle élite méritocratique.

    Que fait-on quand on est membre d’une telle académie ? On lit et on commente des ouvrages, on échange des connaissances, on donne des avis au roi, on arbitre en cas de conflits entre plusieurs propositions ou explications, etc. C’est dire que les académies détiennent un pouvoir de jugement faisant autorité sur le domaine concerné. En plus de cela, il revient aux savants admis de coopter les nouveaux venus. En 1699, l’académie des sciences est dotée de nouveaux règlements, approuvés par le Parlement de Paris en 1713, qui instituent un corps hiérarchisé, avec un rituel, des normes écrites de comportement (l’exigence, par exemple, de prononcer l’éloge des membres défunts). Ces règlements, qui instituent des réunions, des comités, prévoient de surcroît la rédaction et la publication des Mémoires de l’Académie. Tout se passe au Louvre, dans les anciens appartements royaux, au premier étage, tandis que l’Académie française siège au rez-de-chaussée. Fontenelle est le 1er grand secrétaire de cette Académie des sciences, qui veille sur – et  surveille - la production nationale. B. Belhoste (idem, p. 20), nous explique aussi que l’Académie, dans un premier temps, est divisée en 6 classes de 6 membres : géométrie, mécanique, astronomie, et chimie, botanique, anatomie ; mais qu’en 1785 apparaissent deux nouvelles classes : une pour la physique générale, l’autre pour l’histoire naturelle et minéralogie.

    Mais on ne saisirait pas toute l’importance du rôle des académies si on imaginait une réalité uniquement parisienne. La place prise par des sociétés provinciales dans la vie culturelle nationale a été également très importante. Je suis un article de Daniel Roche sur « Les sciences dans les académies provinciales » (in Les Républicains des lettres, Fayard, 1988). Une vingtaine de sociétés se créent entre 1715 et 1760, dont 11 se réclament des Sciences, des Arts et des Lettres, ce qui élargit le champ des disciplines étudiées, en même temps qu’est cultivé le lien des sciences et des arts (les métiers en l’occurrence). Ces sociétés donnent lieu à des centaines de communications dans leurs séances ordinaires :  60% portent sur les arts et les sciences, tandis que s’amoindrit la part des belles-lettres et des mémoires d’histoire. Même type de progression dans les sujets de concours proposés dans le même cadre, puisqu’on note non seulement un accroissement du nombre de sujets proposés mais aussi du nombre de sujets scientifiques en proportion. Partout, par conséquent, cette sorte de « pédagogie académicienne » stimule la curiosité et incite à la recherche du merveilleux. On a donc là une science en représentation ; et ainsi se manifeste la volonté de progrès par les sciences à mesure que les idées de Newton ou Lavoisier se répandent - très vite et facilement. Un autre grand savant a probablement incarné l’idéal du scientifique professionnel : Joseph Louis de Lagrange, mathématicien, physicien et astronome (né en 1736 en Italie mais naturalisé Français).

     

    b) Journaux, revues et livres.

    L’expansion de la littérature scientifique aux XVIIe et XVIIIe siècles a sans doute pour premier indice l’existence conquérante du Journal des savants (d’abord Journal des sçavans de 1665 à 1790). Ce journal, qui paraît encore aujourd’hui, est le plus ancien périodique littéraire et scientifique en Europe. Par le format, un quarto de 12 pages, c’est une sorte de gazette. Au XVIIIe siècle,  on ne distingue pas encore très bien journal et revue, de même  que le « littéraire » et le « scientifique » ne se séparent pas encore vraiment, comme le montre le fait qu’une telle publication cherchait en général à  toucher « les gens de lettres ». Le Journal des savants, dont la périodicité, d’abord hebdomadaire, devint ensuite mensuelle, était publié par un magistrat parisien lié à Colbert, un peu avant que soit fondée l’Académie Royale des sciences (en 1666), laquelle académie, à partir de 1723, exercera sur le contenu des livraisons une tutelle scientifique. Outre la présentation d’ouvrages publiés dans divers pays européens (présentation ayant souvent une dimension critique, signe d’une liberté de pensée nouvellement revendiquée par rapport aux usages de l’Eglise ; et d’ailleurs l’opposition des Jésuites se manifesta dès le début), le journal présentait et commentait les découvertes et les inventions scientifiques dans les domaines de la physique de la chimie, des mathématiques, de l’astronomie, de l’anatomie, etc. (Pour en savoir un peu plus sur ce sujet, voir plusieurs pages Web bien faites).

    Certaines questions scientifiques (concernant le climat, les maladies, etc.) sont également présentes dans une publication comme le Journal de Paris, premier quotidien existant en France, dont le premier numéro est de 1777.

    On peut dire que le Journal des savants marque le début, et ensuite les progrès rapides de la presse scientifique et de la diffusion de plus en plus élargie des connaissances scientifiques. Il est suivi début 1665 (trois mois après son lancement), à Londres, par les Philosophical Transactions of the Royal Society. Dès le XVIIe siècle, et surtout au XVIIIe siècle, ce genre de publication s’empare d’à peu près tous les domaines. C’est ainsi que dès 1802, par exemple, le Muséum d’histoire naturelle, récemment créé, entreprend de publier des Annales… (voir Françoise Waquet, « De la lettre érudite au périodique savant : les faux-semblants d’une mutation intellectuelle », in Bulletin de la société d’étude du XVIIe siècle 1983, 35ème année, n° 140). On a pu estimer que, par le monde,  le nombre de journaux spécialisés se monte à une centaine en 1800 et un millier au moins en 1850… C’est bien une croissance exponentielle, qui ne s’arrêtera plus.

    L’édition est évidemment prise dans le même courant. La multiplication des dictionnaires et des encyclopédies, y compris ceux relatifs aux arts et métiers, est une autre caractéristique du siècle des Lumières, et c’est ce contexte qui a rendu possible la conception, la réalisation et la fabrication éditoriale de ce gigantesque monument qu’est l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, dont le premier volume paraît 1751, et le dernier en 1772. Il m’est arrivé à plusieurs reprises ces dernières années d’évoquer cette question, la multiplication des supports matériels de la culture en dehors de l’Eglise et de la religion. Sur l’Encyclopédie, j’ai indiqué dans la séance précédente les études de Darnton, j’ai recommandé la lecture du chapitre 4 du livre de B. Belhoste, Paris savant, op. cit. ; et aujourd’hui, pour me dispenser d’un exposé qui ne serait pour le coup qu’un copier-coller, je renvoie à D. Poulot, Les Lumières, op. cit., p. 223-230. Pour les gens pressés, je rappelle juste que cet irremplaçable monument, cet « inventaire du monde » dit D. Poulot, comporte 17 volumes d’articles (plus de 70 000 articles) et 11 volumes de planches ; ensuite qu’il s’est attaché la collaboration de tous les philosophes et savants qui ont compté en ce siècle (avec Voltaire, Rousseau, Montesquieu et tant d’autres – mais Rousseau s’est ensuite fâché avec Diderot), 140 auteurs au total. 7 volumes avaient paru en 1757 ; 25000 exemplaires étaient vendus entre 1751 et 1782. Dès le lancement s’annonçait donc un formidable succès, qui n’a pas été démenti au fil du temps, car les souscripteurs furent de plus en plus nombreux (ils étaient plus de 1000 dès le premier volume, plus de 2000 un an plus tard, et ensuite le chiffre se montait à 4000) ; il fallut encore 10 ans, jusqu’en 1772 pour publier plus de volumes que prévus, 17 au lieu de 8 ; et 2500 planches.

    L’ouvrage a aussi, entre autres particularités culturelles, celle d’associer à l’exposé littéraire, scientifique, moral, etc., une revue illustrée des principales techniques, une « description » des principaux métiers pratiqués à cette époque. D’où ces étonnants volumes de planches, qui présentent tous les procédés, les outils, etc., des « arts », c’est-à-dire des métiers, registre  dans lequel Diderot s’est lui-même beaucoup investi, et qui exigea le travail de nombreux graveurs. Le premier volume de planches parut en 1762, dix ans après le premier volume d’articles. Nombre de connaissances sortent ainsi de l’univers académique et corporatif – nous dirions spécialisé – pour circuler dans le grand public.

    La présence des « arts » à côté de ce qui serait pour nous la « haute culture » des sciences et des lettres, répond à un idéal de connaissance… un peu perdu aujourd’hui , il faut bien le dire (surtout en France). Je n’oublie pas la portée critique très affirmée de nombreux articles, dans le style de pensée qui est propre  aux Lumières telles que je les ai définies en commençant la dernière fois. J’ai souvent cité à ce niveau l’article « Collège » rédigé par d’Alembert… une charge anti-jésuite et anti-universités qui prépare la révolution pédagogique des écoles centrales.

    Si l’Encyclopédie est l’emblème de cette époque, en France et dans toute l’Europe, c’est bien, comme le revendiquait un prospectus rédigé par Diderot (cité par B. Belhoste, idem, p. 83) par le projet  de «  former un tableau général des efforts de l’esprit humain dans tous les genres et dans tous les siècles ». C’est assez dire combien cette entreprise, en même temps qu’elle marque l’essor d’une intelligence critique, témoigne d’une sorte d’urgence relative à l’accumulation des connaissances, sur tout sujet et d’où qu’elles aient été produites, qu’on veut classer et exposer afin de les offrir sans restriction à tout individu en état de ses les approprier au gré de ses facultés de compréhension. On est donc là encore sous le régime de l’immanence, et dans une forme de célébration des pouvoirs de l’esprit humain, qu’aucune interdiction ne peut plus entraver. L’hostilité de l’Eglise se manifesta dès le second volume, pour ce qui était dit sur des questions de théologie, si bien qu’en mars 1759, le pape mit l’ouvrage à l’Index.

     

    Et le livre scientifique ? Les spécialistes nous indiquent qu’à cette époque, en 1780, dans les bibliothèques françaises, le livre scientifique représente 30% des ouvrages disponibles, alors qu’il ne comptait en 1720 que pour 18%. On peut penser aussi que les classes moyennes (terme d’aujourd’hui), en province ou à l’écart des grandes villes, sont également gagnées aux connaissances nouvelles par le truchement des journaux, des gazettes, et peut-être davantage dans ce cas par les Almanachs (D. Poulot, Les Lumières, op. cit., p. 219), qui offrent à leur lectorat toutes sortes d’informations, avec des rubriques médicinales, des exposés sur des savoirs usuels. Ceci peut être mis en rapport avec la multiplication des ouvrages de vulgarisation comme les Bréviaires, les Compendia, les Méthodes, les Eléments, toutes choses qui procèdent d’un idéal de l’« Universel et portatif »  comme disait Paul  Hazard (La pensée européenne au XVIIIe siècle, de Montesquieu à Lessing, Fayard, 1963, p. 202). C’est dire à quel point, une fois encore, la diffusion des connaissances rencontre une véritable passion. Ceci démontre par ailleurs que la culture scientifique fait désormais partie de l’éducation des élites intellectuelles (et urbaines). On voit d’ailleurs apparaître un nouveau type de dictionnaire, dédié aux arts, ou au commerce, ou à la géographie...  à côté de ceux consacrés aux langues mortes ou à la langue nationale (cf. Antoine de Baecque et Françoise Mélonio, Histoire culturelle de la France, dir. Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, t. III, Lumières et liberté, Les dix-huitième et dix-neuvième siècles, Seuil 2005 [1ère éd. 1998], p. 22. Plus généralement, ces ouvrages s’étoffaient en même temps que leur diffusion connaissait une croissance continue et accélérée. Parmi les ouvrages qui ont compté sur ce plan, il y a eu le Dictionnaire de Pierre Bayle, avec neuf éditions entre 1695 et 1741 ; et 20000 exemplaires vendus au milieu du siècle.

     

    c) Le phénomène des salons

    Les salons littéraires, autre version typique des pratiques culturelles du XVIIIe siècle, ont également joué un grand rôle dans la diffusion des sciences expérimentales. Ces réunions, différentes en leur principe des pratiques curiales de Versailles, où l’on pouvait écouter des lectures et faire toute sortes de commentaires, donnaient lieu à discussions et à échanges d’idées. Y participaient gens de lettres, philosophes et savants, qui côtoyaient là un public d’aristocrates libéraux et de bourgeois  cultivés. Tous avaient un maniement spécialement raffiné de la langue, ce qui faisait la part belle aux écrivains. Une image souvent commentée est un tableau peint en 1812 par Gabriel Lemonnier, qui représente Voltaire lisant une de ses pièces, L’orphelin de la Chine, en 1755, devant une assemblée réunie dans le salon de Mme Geoffrin. Johan Heilbron, dans Naissance de la sociologie, op. cit., le chapitre « Les intellectuels entre académies et salons », note (p. 18) que certains salons étaient quasi spécialisés dans un type de sujet, c’est-à-dire de discipline de savoir, jusqu’à la gastronomie ou la musique, ce qui marque encore mieux la divergence par rapport aux pratiques de la cour versaillaise.

    Pour comprendre ce phénomène, annoncé par le mot « littéraire » mais où les sujets scientifiques sont fréquents (je répète que « littéraire » ne s’oppose pas voire ne se distingue pas de « scientifique » à ce moment) on peut considérer qu’il est producteur d’une véritable opinion publique. Telle est l’interprétation d’Habermas dans l’un de ses premiers ouvrages, L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, (Payot, 1988). Donc une donnée nouvelle de la vie culturelle des élites destinée à jouer un rôle politique et social majeur, d’autant plus que la réunion du salon, qui n’admettait aucun protocole, ne se pliait pas aux hiérarchies habituelles, ni entre aristocrates et bourgeois, ni (ou moins) entre hommes et femmes.

    Une notice de la BNF disponible sur le web (les Essentiels littérature, sur « Les salons littéraires au XVIIIe siècle »), nous permet de reconstituer une chronologie minimale des salons les plus courus. Il y eut celui de la duchesse du Maine dans son château de Sceaux près de Paris (1699-1753 ; mais on peut aussi remonter au début du XVIIe siècle, avec le salon tenu à partir de 1608 à l’hôtel de Rambouillet par Mme de Rambouillet, ou plus tard, au milieu du XVIIe siècle, avec le salon de Mme de Scudéry) ; il y eut celui de Mme de Lambert (1710-1733) ; il y eut le club dit de « l’entresol » (1720-1731), le salon de Mme de Tencin (1726-1749), puis, plus connus pour leur fréquentation par des hommes de lettres célèbres, ceux de Mme du Deffand (1740-1780), de Mme Geoffrin (1749-1777), de Melle de Lespinasse (1764-1776)…  Je ne cite ici que des salons tenus pas des femmes ; mais les hommes ne furent pas absents de ces initiatives, quoique bien moins nombreux : ce fut le cas des philosophes d’Holbach ou Helvétius.

     

    Remarque

    J’ai une nette sympathie pour Melle de Lespinasse, qui fut une amoureuse romantique avant l’heure. J’en dis un mot, qui fera peut-être entrevoir la réalité des pratiques dont il est question. On a souvent pensé (ce qui semble infirmé aujourd’hui) que Julie de Lespinasse était une nièce illégitime de la marquise du Deffand, à qui elle servit un temps de dame de compagnie, si bien qu’elle assistait et participait à ce titre aux réunions mondaines de la rue Saint Dominique. Et c’est après une brouille avec sa protectrice que Melle de Lespinasse ouvrit (est-ce ainsi qu’on peut le dire ?) son propre salon, en 1764, rue de Bellechasse (dans ce qui est aujourd’hui le même arrondissement de Paris). Or, sans doute à cause de son intelligence nous dit-on, sa vivacité d’esprit et son habileté à diriger les conversations, elle attira chez elle une grande partie des personnalités qui fréquentaient auparavant le salon de la marquise. Parmi ses plus proches amis, il y eut d’Alembert, qui ne la quitta plus après qu’elle l’eût soigné chez elle. Bref, tous les soirs, une trentaine au moins de personnes se rendaient au salon de cette Julie -  qui n’offrait pas à souper à cause de ses trop modestes revenus (quoiqu’elle fût pensionnée par de riches amis). Ce salon était donc très en vue. Il était aussi fréquenté par Condorcet, Turgot, Marmontel… J’ai parlé d’elle comme d’une amante romantique. L’objet de son tourment était le colonel Guibert (elle s’était d’abord éprise du marquis de Mora, fils d’un ambassadeur) ; mais ce Guibert, assez indifférent à ses tendres pensées, épousa une autre femme, ce dont Julie de Lespinasse conçu une profonde affliction, dont on découvre la teneur dans une correspondance publiée après la mort de Guibert par l’épouse de celui-ci. Julie de Lespinasse mourut à 43 ans, de la tuberculose et peut-être aussi à cause de la détresse qu’elle endurait du fait de sa déception. Je fais partie de ceux qui voient  dans cette correspondance un des premiers grands textes, un chef d’œuvre peut-être, de la littérature romantique.

     

    Tenir un salon, c’était procéder à des invitations, c’était ensuite définir des sujets, diriger la conversation, etc. Il est clair que, sur ce registre, les femmes démontrèrent des qualités qu’on leur déniait jusqu’alors ; et elles s’illustrèrent d’autant plus qu’elle avaient accès aux connaissances scientifiques les plus complexes et actuelles. Voir l’exemple de Mme du Châtelet, maîtresse de Voltaire, qui tînt salon dans la demeure de ce dernier, à Cirey-sur-Blaise. La marquise du Châtelet avait été formée aux mathématiques par Maupertuis ; et elle traduisit les Principia de Newton. Sur ce questions, voir Susan Sheets-Pyenson, « Le rôle des femmes et l’essor de la culture scientifique française au XVIIIe siècle », in L. Pyenson et J.-F. Gauvin, L’art d’enseigner la physique…, op. cit.

     

    d) Les cabinets scientifiques

    J’arrive maintenant à la question que j’ai annoncée et qui concerne une pratique qui reste peut-être mystérieuse si on n’en a aucune l’idée. Mais l’aménagement de ces dispositifs, souvent (mais pas uniquement) dans la sphère privée donc en dehors des pratiques publiques au sens strict, pour la contemplation personnelle, est un autre révélateur de l’engouement des élites pour l’observation et la description des phénomènes naturels. C’est un révélateur, non seulement d’un état des pratiques savantes, mais aussi de la diffusion quasi « populaire » des curiosités relatives à la nature, ce qui est bien l’une des formes que prend l’activité savante. J’ai parlé séance 7 de Buffon ; eh bien c’est un bon exemple, car Buffon, chargé du Cabinet d’histoire naturelle du roi, a pu réunir une collection exceptionnelle, l’une des plus importantes en Europe – qui est toujours un élément du fonds du Muséum actuel. J’ai dit que certains cabinets de curiosité ont survécu et qu’on peut donc les voir dans certains musées ; pour confirmer, voici deux photos que j’ai prises récemment au Musée des beaux arts de Rennes.

    2018-8 Sciences XVIIIe siècle (2)

     

    2018-8 Sciences XVIIIe siècle (2)

    Les cabinets les plus courus semblent avoir été ceux consacrés à l’histoire naturelle ; l’astronomie ou la chimie furent présentes à un moindre degré, sans doute parce qu’elles étaient plus difficiles à mettre en œuvre). D’après B. Belhoste (Paris savant, op. cit., p. 121) un ouvrage de 1787 (L. V. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers à paris, Ou Description raisonnée de cette ville, de sa banlieue et de tout c qu’elles contiennent de remarquable), décrit 45 cabinet  de ce type à Paris. En 1758, l’abbé Nollet, physicien quasi officiel dont j’ai parlé, installe un cabinet de physique (et mécanique) à Versailles, à l’Hôtel des Menus Plaisirs, ce qui donnera lieu ensuite, à partir de l’année suivante, 1759, à des sortes de visites organisées. On fait là des expériences amusantes.

     

    Remarque

    Au passage je précise que l’hôtel des Menus plaisirs est une salle en ville primitivement destinée à la préparation de spectacles pour le roi, et où les Etats Génraux furent accueillis en 1789, avant que les Constituants en soient chassés et soient contraints de migrer vers la salle du jeu de paume, dans le quartier de la cathédrale saint Louis, où ils prononceront le fameux serment, le 20 juin.

     

    Un cabinet de physique a été installé dans les années 1760 au château même, pour l’éducation scientifique du futur Louis XVI, alors duc de Berry, et de ses frères (qui seront après la Révolution et l’Empire Louis XVII puis Charles X). La garde de ce lieu est alors confiée au premier sous-précepteur des sciences, l’abbé de Mostuéjouls. Louis XVI a été toute sa vie passionné de sciences (d’où la caricature bien connue, mais qui n’est qu’une caricature, qui le montre indifférent aux affaires de son royaume et passant le plus clair de son temps à bricoler des serrures !).

    En ce temps-là, les pratiques naturalistes se répandent dans la bonne société. On aime herboriser, ramasser des coquillages, attraper des insectes – une activité dont Rousseau offre la plus célèbre illustration. Les cabinets s’installent souvent dans de luxueuses demeures aristocratiques. Parfois, on aménage deux espaces distincts, l’un pour le faire admirer par des visiteurs, l’autre restant l’affaire des connaisseurs authentiques (B. Belhoste, idem,  p. 122 cite  ici le duc de Croÿ). Mais cela ne doit pas faire croire que seuls des aristocrates et des riches bourgeois, financiers par exemple, s’adonnent à ces plaisirs de l’esprit. Dans le lot des connaisseurs, il y a aussi des marchands, des médecins, des peintres, etc., ce qui ceci suppose un commerce des objets exposés. Lamarck, grand savant lui-même, et botaniste du roi, dans un mémoire plus tardif, de 1790, ne ménage pas ses critiques à l’endroit de ces pratiques, notamment celle des cabinets d’historie naturelle.

    La pratique des collections ne date évidemment pas de l’époque moderne. Elle remonte à l’antiquité. Mais à la Renaissance et à l’âge classique, elle se répand dans les milieux cultivés, et c’est ce moment qu’elle intègre les nouveaux intérêts pour l’observation de la nature, répondant au désir d’une ouverture illimitée de l’espace des savoirs, ceux déjà conquis et ceux à conquérir. Ce sentiment est parfaitement illustré par le frontispice du volume de bacon (le grand savant et philosophe anglais du XVIIe siècle, un des précurseurs de la science expérimentale), l’Instauratio Magne , en 1620 : image d’un vaisseau qui se lance sur les flots en passant entre les deux colonnes d’Hercule avant de d’affronter l’océan qui s’étire jusqu’à l’horizon. C’est bien dans cet univers de culture que se répandent les cabinets de curiosités où s’entassent, disons plutôt se rangent (et souvent s’ordonnent) des objets naturels et artificiels, des animaux naturalisés, des plantes séchées, des instruments, des tableaux, des livres, et ainsi de suite. On essaye de découvrir, puis d’accumuler et de conserver toute la diversité qui révèle le génie de la nature et des hommes, et qui constitue la richesse du monde. Le mot de « curiosité » est en ce sens très significatif. J’ai mentionné plus haut en commençant la formule de R. Taton,  qui parle d’un  « siècle de la curiosité », le XVIIIe en l’occurrence. C’est un fait.

    A Versailles, il y avait aussi un cabinet de curiosités pour l’éducation des enfants royaux, le cabinet du marquis de Sérent, gouverneur des enfants du comte d’Artois (futur Charles X). Le marquis avait racheté une collection d’objets dits « exotiques » appartenant à un commis du bureau des colonies d’Amérique, Denis–Jacques Fayolle, qui avait amassé dans ses voyages ou s’était fait envoyer des objets venus d’un peu partout à travers le monde. Comme il n’y avait pas assez de place à Versailles, ce cabinet fut installé dans l’hôtel particulier du marquis de Sérent, en Ville, non loin du château, rue des Réservoirs (n°6). Je lis un article de Pascale Morniche, « Les cabinets de curiosités dans l’éducation princière », article paru dans un opuscule intitulé Les cabinets de curiosité de la bibliothèque de Versailles et du lycée Hoche (catalogue d’une exposition à la bibliothèque de Versailles, 2004). P. Morniche  y explique la conception des cabinets sur la base d’une tripartition propre aux sciences naturelles (l’histoire naturelle) : le minéral, le végétal et l’animal. Dans ce genre de cabinet, on met en plus de cela des objets que nous dirions aujourd’hui ethnographiques « Des têtes de cire, des robes et des peaux peintes, des maquettes de kayaks d’Indiens d’Amérique du Nord » (p. 29). Notons à ce niveau une évolution significative puisque, traditionnellement, le cabinet de curiosité était un répertoire de merveilles divines, donc était essentiellement voué à célébrer la gloire du Créateur.

    Voltaire avait installé un cabinet de physique dans le château de Cirey-sur-Blaise, sur la base des instruments de l’abbé Nollet… Jean-Paul Marat, le futur révolutionnaire, qui était médecin, possédait un cabinet de physique à Paris, rue de Bourgogne, chez sa protectrice, la marquise de l’Aubespine. Il présenta aussi des travaux d’optique à l’Académie, mais on ne lui accorda aucune approbation.

    Dans le contexte de cette curiosité en extension continue, on trouve sans doute dans le lot beaucoup d’amuseurs voire de charlatans purs et simple (je ne dis pas que Marat en faisait partie : je n’en sais rien). De la lecture du livre de B. Belhoste (Paris savant, op. cit., p. 148-150) on tire l’idée d’une cohorte de « démonstrateurs » de physique. Il y en avait plusieurs dizaines à Paris. Leurs prestations publiques se situaient entre le spectacle de foire et l’enseignement rationnel – principalement dans les domaines de la mécanique, de l’optique et de l’électricité (avec parfois, ajoute B. Belhoste, des expériences de chimie). Certains exerçaient d’ailleurs dans les écoles du quartier latin, tandis que les autres se contentaient des places publiques.

     

    Remarque 1

    Un mot pour terminer. J’ai dit que je n’entrais pas dans les détails, mais en même temps, j’ai abordé un grand nombre de faits, au risque qu’on trouve bizarre ce long trajet à travers le XVIIIe siècle, alors que je suis censé parler du XIXe. En fait, j’avais deux raisons de le faire. D’une part la raison immédiate et annoncée : comprendre la teneur, la consistance, scientifique en l’occurrence, des choix effectués par les écoles centrales de la Révolution, choix qui opèrent un réaménagement global des visées de l’instruction publique et qui, en conséquence, vont littéralement hanter la conscience des « décideurs » scolaire tout au long du XIXe siècle. D’autre part, raison en arrière-plan, je voulais qu’on se représente pourquoi et comment cette culture des sciences expérimentales surgit dans l’univers scolaire comme un véritable continent, c’est la métaphore que j’ai choisie, un continent, une configuration de savoirs et de pratiques assez riche et vaste (j’espère que j’ai bien donné l’idée de cette richesse) pour entrer en tension, en conflit avec le continent traditionnel des belles-lettres et de la latinité.

     

    Remarque 2

    Dans la prochaine séance, je terminerai ce parcours en donnant un contenu au phénomène de « divulgation » des savoirs. N’oublions pas ce que le personnage du démonstrateur, la pratique du salon et le dispositif des cabinets de curiosité viennent de nous rappeler : la science a partie liée avec la démocratie, dans la mesure où, procédant d’une vision sécularisée de la nature, elle s’acquiert dans des espaces publics, ouverts sans restriction, et où tout citoyen peut légitimement l’acquérir sans demander d’autorisation à quiconque. Tout citoyen peut en droit entrer dans un laboratoire, par exemple, assister ou procéder à aux expériences, et saisir des preuves pour son propre compte, ce qui signifie par ailleurs que les sciences, tant leurs objets que leurs arguments, sont entraînées dans le courant d’une diffusion universelle, hors de tout secret réservé à une corporation ou jalousement gardé par une cléricature quelconque.

    Conséquence. Je soutiens que le mot « discipline », quand on parle de discipline scolaire (aujourd’hui), retient d’abord ce sens démocratique issu des sciences expérimentales, donc ne doit pas être réduit à une organisation de savoirs enseignables (ce qu’admettent trop facilement les spécialistes des théories « didactiques »).

     


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